Hypnose et Accouchement. Utilisation de l'Hypnose lors de l'Accouchement. 3 Mars 2012

Mettre un enfant au monde en transe rencontre un certain succès chez nos voisins européens. Selon des études, la technique aurait bien des avantages.

Accoucher en transe séduit de plus en plus de femmes en Grande-Bretagne, en France et en Belgique. Une délivrance plus rapide, une meilleure gestion de la douleur, la technique n’aurait que des avantages, selon ses promoteurs. Dans six maternités de l’Hexagone, elle a même intégré l’offre standard des soins. En Suisse, l’hypnose est utilisée depuis de nombreuses années dans une relative discrétion, mais sort progressivement de l’ombre.

Loin du cliché du mage et de son pendule, l’hypnose est un état de conscience modifié qui peut être induit volontairement, mais que chacun a déjà expérimenté, par exemple en conduisant sur une autoroute tout en organisant mentalement sa soirée du lendemain. «Sous hypnose lors d’une stimulation douloureuse, les cortex cingulaire antérieur et préfrontal impliqués dans les processus de modulation de la perception douloureuse sont activés, explique Nicole Cheseaux, médecin anesthésiste aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et hypnothérapeute. Le patient est concentré sur son monde intérieur, et ce qui l’entoure passe au second plan. Dans mon domaine, l’hypnose aide le patient à trouver des ressources pour mieux supporter la douleur. Il accepte plus facilement les suggestions, mais c’est un mythe de croire qu’on peut lui faire faire n’importe quoi. Il garde le contrôle et peut décider de sortir de cet état à tout moment.»

Hypnose et AccouchementPour faire entrer un patient en transe, médecins ou infirmières l’amènent à se concentrer sur un de ses sens, le plus souvent en lui parlant et en activant son imaginaire. L’hypnotisé demeure actif et peut marcher, ou par exemple, chez une femme, pousser pour faire sortir un nouveau-né. Dans les hôpitaux suisses, la thérapie est employée dans plusieurs services pour traiter des douleurs, aiguës et chroniques, des troubles psychosomatiques ou dus au stress.

«Les femmes qui utilisent l’hypnose demandent moins d’analgésiques et gèrent mieux le travail, dit Evelynn Floris, gynécologue à Genève. Des études scientifiques ont prouvé l’efficacité de cette technique et, à mon avis, elle marche mieux que les cours de préparation à l’accouchement.» La doctoresse a préparé environ 10% de ses patientes à l’accouchement grâce à l’hypnose.

Une étude publiée en 2004 dans le British Journal of Anaesthesia montre que les femmes ayant recours à l’hypnose utilisent en effet moins d’analgésiques et font état de douleurs moins fortes pendant le travail. Une autre datant de 1993, publiée par les mêmes chercheurs, montre que la longueur du travail et de la délivrance est significativement diminuée. «Il est difficile de mener des études scientifiques sur l’hypnose, car celles-ci doivent normalement être réalisées en double aveugle avec un placebo, explique le Dr Olivier Despond, membre de la Société suisse d’anesthésiologie et de réanimation. Et comment trouver un placebo dans ce cas? Pour cette raison, les gens qui pratiquaient l’hypnose étaient autrefois vus comme des originaux. Aujourd’hui, nous sommes plus respectueux. Nous nous sommes rendu compte que l’hypnose avait un effet, même s’il n’est pas aussi puissant qu’une péridurale. Qui plus est, cette méthode n’a pas d’effet secondaire.»

«Je me souviens de cette femme qui avait utilisé l’hypnose durant la naissance de son premier enfant, raconte Floriane Udressy, sage-femme. Je l’avais accompagnée et cela lui avait permis d’approfondir cet état de transe. Cette femme a très bien vécu cette naissance. Lors de l’accouchement de son deuxième enfant, elle a pratiqué l’auto-hypnose mais a trouvé cette expérience plus pénible, s’est sentie davantage débordée et peu soutenue.» La technique est particulièrement prisée par les femmes qui ne souhaitent ou ne peuvent pas recourir à la péridurale. Mais seule une poignée de sages-femmes en Suisse romande ont suivi une formation spécifique. L’initiation est longue, et ses coûts sont à leur charge.

Le moyen le plus simple, mais pas forcément le plus efficace, d’accoucher sous hypnose est de suivre des cours pour apprendre à pratiquer seule. Plusieurs formations sont d’ores et déjà proposées aux futures mamans en Suisse romande. Certaines ne sont pas données par des sages-femmes, mais par des doulas qui ne peuvent pas se former à l’Institut romand d’hypnose suisse. C’est le cas d’hypnonatal, présent dans toute la Suisse romande. «La formation commence à rencontrer un certain succès, dit Dominique Augsburger, praticienne à Nyon. Le fait que nos cours ne soient pas remboursés par les caisses maladie retient certains parents, mais on nous contacte fréquemment.»

Laurence Rochaix est une sage-femme qui a pratiqué l’hypnose pendant plus de dix ans aux HUG. Elle l’enseignait à des patientes pendant les cours de préparation à l’accouchement, mais s’en servait également ponctuellement en salle de travail, avec des parturientes non entraînées. «Je n’osais pas appeler cela hypnose, car cela n’était pas très officiel, mais je leur expliquais que j’allais les aider à se relaxer et je regardais si elles étaient réceptives. L’essentiel est de tisser un lien de confiance avec la femme, d’être à son écoute et d’étayer son imaginaire.»

Laurence Rochaix a suivi une formation spécifique, mais longtemps certains médecins se sont opposés à ce que le personnel paramédical apprenne cette technique. De ce fait, la pratique de l’hypnose par les sages-femmes ou les infirmières n’a pas été encouragée. Comme toute relation d’accompagnement, la technique nécessite un certain savoir-faire. «La pratique de l’hypnose implique d’être un professionnel de la relation d’aide», précise Floriane Udressy.

La situation évolue. L’an passé, les HUG ont mené une étude sur l’utilisation de l’hypnose durant la version (retournement manuel du bébé dans le ventre de sa mère) avec le concours d’une anesthésiste, de deux sages-femmes dont Laurence Rochaix et d’une infirmière. Les résultats sont attendus prochainement.

Si la technique fait encore peur à certains patients, d’autres la demandent spontanément pour pouvoir, par exemple, éviter une anesthésie générale. Evelynn Floris voit nombre de patientes anglo-saxonnes arriver en salle d’accouchement avec sur leur iPad, des cours d’auto-hypnose.

La technique a pris son essor au pays de Galles, dans des régions reculées où les femmes n’avaient pas accès à la péridurale. Alors que l’accouchement dit «physiologique», c’est-à-dire sans recours à un médecin ou à un anesthésiste, rencontre un succès croissant, l’hypnose pourrait trouver sa place dans les salles d’accouchement helvétiques.

 

Julie CONTI pour le Journal Le Temps - Suisse